Quelques notions de bases

La couverture permanente du sol est un des grands principes de l’agroécologie. Cette couverture peut être à base de végétaux en décomposition, on parle alors de paillis, de mulch ou encore de “paillage”.
Encore mieux, on peut utiliser des couverts végétaux vivants, on parle alors d’engrais vert. Ces engrais verts peuvent être à cycle court (sarrasin, seigle, féveroles etc.) ou à cycle long (luzerne, trèfle blanc, menthe etc.).

Les engrais verts sont en général implantés entre 2 cultures, il est également possible de laisser un couvert végétal d’engrais vert tout en cultivant dedans. Voici un exemple parmi d’autres : un engrais vert de trèfle incarnat associé à une culture de poireaux (voir photo ci-contre et des résultats d’essais ici).

 

Choisir ses engrais verts pour une action optimale

En général, on cherche à associer plusieurs plantes entre elles, qui seront complémentaires l’une de l’autre. Cela permet d’avoir une action optimale sur son sol :

  • Maximiser la photosynthèse et donc la production de biomasse racinaire et aérienne
  • Capter de l’azote grâce aux légumineuses (vesce, trèfle…)
  • Nourrir la vie du sol grâce aux exsudats racinaires des graminées (seigle, avoine…)
  • Décompacter en profondeur avec des racines pivots (radis daikon, féverole…)
  • Concurrencer les adventices. Par exemple, contre le chiendent, on implante à l’automne un mélange dense de seigle et de vesce.

La saison d’implantation est un paramètre essentiel pour bien choisir ses engrais verts.
Au sein des jardins pédagogiques du mas de Beaulieu, nous leur apportons une grande importance.
Chaque planche de culture reçoit à minima une culture d’engrais vert par an, en général durant la période s’échelonnant entre octobre et mars. Ce sont des engrais verts d’hiver, notre mélange classique est le triptyque : seigle, vesce et féverole. Ce mélange permet :

  • de capter de l’azote dans le sol via les 2 légumineuse du mélanges,
  • de produire une belle quantité de biomasse qui sera intégralement restituée au sol au printemps
  • de maintenir la vitalité du sol tout au long de l’hiver grâce à la photosynthèse du couvert végétal et à la production de sucres au niveau des racines, renforçant ainsi l’action des micro-organismes dans la zone racinaire.
  • de réduire grandement la pression des adventices via un semis très dense
  • de protéger les sols face aux épisodes cévenoles.

 

Choix des engrais verts d’été

Depuis quelques années, pour s’adapter aux changements climatiques, nous mettons en place de plus en plus d’engrais verts d’été. Notamment dans la serre et le tunnel de nos jardins pédagogiques, où nous avons du mal à garder une ambiance propice aux cultures potagères, du fait des canicules et pics de chaleurs à répétition de ces dernières années.
Nous utilisons le sorgho et l’amarante à feuille (à ne pas confondre avec l’amarante réfléchie). Le semis se fait entre mi-mai (après les dernières récoltes de légumes de printemps) et début juillet. On peut également utiliser le millet ou le tournesol, au Mas de Beaulieu nous avons, pour le moment, effectué peu d’essai sur ces plantes comme engrais vert.

à droite : amarante à feuille, en haut : sorgho fourrager
Août 2023 dans la serre des jardins pédagogiques de Terre & Humanisme

Le sorgho et l’amarante ont une photosynthèse en C4, c’est-à-dire que ce sont des plantes tout particulièrement adaptées à la forte luminosité et aux températures élevées. Elles sont également sobres en eau.

Le sorgho comme engrais vert

C’est une graminée annuelle ou vivace à croissance rapide, qui peut atteindre facilement les 3 mètres.
Le sorgho donne une masse importante de végétation. On utilise communément le sorgho fourrager comme engrais vert. Il peut être fauché 1 à 3 fois à une trentaine de centimètres du sol en cours de végétation pour maximiser la production de biomasse. Cette plante résiste bien à la sécheresse, cependant pour une production optimale un arrosage sera nécessaire.
Un semis dense sera très concurrentiel pour les adventices. Du fait de sa forte densité il est difficile d’associer le sorgho, il est souvent planté en pur. Nous avons testé l’association trèfle & sorgho, le sorgho poussant tellement vite par rapport au trèfle que cela n’a pas été concluant.

Le sorgho peut aussi être utilisé en itinéraire syntropique, associé à des courges par exemple. L’idée étant de faire de l’ombre tout en produisant de la biomasse qui sera restituée au sol durant la culture de courges.

Densité de semis pour un objectif engrais verts : minimum 30 gr / 10 m2.
Profondeur de semis : 1 à 4 cm.

Quelques fournisseurs possibles :
Agrosemens
Biaugerme
Jardinons sur sol vivant

 

Planche de sorgho pour semence dans la serre des jardins pédagogiques de Terre & Humanisme

L’amarante comme engrais vert

L’amarante est domestiquée depuis très longtemps sur la majorité du globe, c’est même encore une culture majeure pour certains pays. De nombreuses variétés existent que ce soit pour l’amarante à feuilles ou à grains.

L’amarante à feuille n’est pas un engrais vert commun. Nous l’utilisons après observation de sa remarquable adaptation dans nos jardins pédagogiques du Mas de Beaulieu. Depuis son introduction dans les jardins des années auparavant, elle est maintenant spontanée dès que les températures deviennent estivales et que la sécheresse s’installe.

Dans nos jardins, ces plantes sont des adventices classiques de l’été, qui peuvent monter facilement à 3 mètres, avec des diamètres de tiges allant jusqu’à 6 cm à la base. C’est une très belle plante qui forme des fleurs en forme de panicule, parfois impressionnantes (voir image ci-contre) ! Toutes les amarantes sont comestibles et produisent une grande quantité de graines par pied.

Le réseau de semenciers Kokopelli propose une grande diversité de variété d’Amarante, voir les liens ci-dessous :
Amarantes à grains
Amarantes à feuilles

 

 

 

L’importance de bien implanter ses semences d’engrais verts en été

En été, il est particulièrement important de soigner ses semis direct d’engrais vert. En effet 2 paramètres peuvent rapidement ruiner votre semis :
– le dessèchement rapide du sol en surface
– l’arrivée des fourmis.

Les fourmis apprécient les graines de graminées, tout particulièrement le sorgho ! Il n’est pas rare de voir les premières fourmis transporter des graines alors même que nous venons de terminer le semis d’une planche de culture! Pour éviter ce “vol” en bande organisée, il est conseillé de bien enfouir les graines (voir plus que nécessaire) et de tasser le sol à la planche ou au râteau après le semis. Pour le sorgho, on peut aller jusqu’à 4 centimètres de profondeur.

Au mas de Beaulieu, notre sol est sableux-limoneux, donc très séchant, surtout en surface ! Pour réussir ses semis d’engrais vert en été il faudra être vigilant sur l’arrosage au moins les 3 premiers jours, enfouir les semences plus profondément que d’ordinaire et pourquoi pas poser un léger paillis sur le sol (voir photo ci-contre : paillis léger et levée du sorgho). On peut aussi tenter un enrobage des semences à base d’argile et de lifofer, l’argile va garder l’humidité directement en contact avec la semence, la lifofer apportera des micro-organismes bénéfiques.

 

📗 Aller plus loin :
Engrais verts et fertilité des sols. Editions France Agricole. Joseph Pousset.
Le manuel des jardins agroécologiques. Editions Actes Sud. Valo Dantinne & Erik Jansegers de Terre & Humanisme.

 

Rédacteur : Arnaud Vens. Animateur & Formateur en agroécologie.

“La plante fait le sol, le sol fait la plante”

 

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