Adapter nos arbres aux changements climatiques

19 Mar 2026 | 0 commentaires

Les bouleversements climatiques sont une réalité incontournable, ils mettent à rude épreuve nos habitudes en arboriculture. Comment faire de son verger un espace nourricier et résilient face aux aléas du climat ? Comment protéger les cultures sensibles au potager ? Comment adapter ses pratiques de plantation aux conditions futures ?

Ces dernières années ont vu une accélération des changements climatiques avec des aléas de plus forts et plus fréquents : pluies intenses ou éparses, coups de chaleur, canicules et sécheresses. Ces perturbations sont renforcées par des hivers doux et des printemps humides avec des gels tardifs, ce qui a des graves conséquences sur les arbres fruitiers et champêtres à long terme. Ils perdent leurs feuilles plus tard en automne, ce qui perturbe leur repos hivernal, et sont de plus en plus exposés aux gelées tardives pendant la période de la floraison et la nouaison (phase initiale de la formation du fruit).

Les arbres sont par nature assez résilients pour lutter contre ces perturbations si elles ne sont pas trop fréquentes. Mais l’accélération des aléas s’enchaînant les uns après les autres les fragilisent, mettant à mal leurs écosystèmes.

Les arbres souffreteux sont très sensibles aux maladies (champignons pathogènes etc.) et sont plus fréquemment attaqués par des insectes ravageurs auxquels ils n’ont plus d’énergie pour résister. Les forêts malades attirent moins la pluie, ce qui augmente les déficits hydriques et contribue à l’assèchement des sols. De plus en plus d’arbres tombent en été, déracinés dans un sol sec…

Auriane à côté d’un Feijoa au Mas de Beaulieu, un arbre fruitier robuste et au feuillage persistant. Encore peu connu, le Feijoa, ou Goyavier du Brésil, fructifie tard dans l’année (octobre). Il donne des fruits acidulés.

Les changements climatiques vont complètement changer notre regard sur l’arboriculture, il va falloir apprendre à gérer les arbres et les forêts pour les rendre plus résilient à la nouvelle donne climatique. Mieux retenir l’eau dans les sols :

  • Création ou maintien de sols vivants avec couverts végétaux permanents sélectionnés (engrais verts et/ou paillis organiques),
  • Aménager le terrain pour gérer l’écoulement des excès d’eau saisonniers, comme par exemple creuser des canaux (béalières ou bessières) pour ralentir et retenir en priorité cette eau, lui laisser le temps de s’infiltrer lentement dans les sols, puis la diriger là où on en a besoin. L’eau se stocke avant tout dans le sol et la végétation, avant de la stocker de manière “hors-sol”.
  • Avoir un sol vivant et riche en humus (via toutes les pratiques agroécologiques)

 

Créer des microclimats :

  • Organisation des écosystèmes cultivés pour créer différentes zones aux conditions de soleil et d’ombre variés,
  • Planter les arbres les plus résistants pour donner de l’ombre et une protection contre les vents secs aux arbres et aux cultures plus sensibles.
  • Ralentir et infiltrer l’eau pour augmenter la réserve d’eau nécessaire au maintien des cultures à l’année; mais aussi, pour augmenter légèrement l’humidité de l’air autour des cultures pendant les périodes les plus sèches.
  • Choix d’espèces et de variétés résistantes aux nouvelles conditions. Certaines cultures seront amenées à changer ou à disparaître. Exemple: plantation de la vigne dans des régions plus septentrionales et changement de cépages dans les régions du Sud.
  • Introduction d’espèces et de variétés adaptées aux perspectives climatiques locales. Les plantations d’agrumes, de grenadiers, d’amandiers, par exemple, se multiplient dans le Sud de la France; par contre, les pommiers, les cerisiers et même les châtaigniers régressent de ces régions.

Auriane à côté d’un Néflier du Japon, implanté dans une haie du Mas de Beaulieu. C’est un arbre robuste et au feuillage persistant. Sa floraison est hivernale (décembre/janvier), c’est donc l’un des tout premiers arbres à fructifier au jardin (mars).

En pratique :

  • Acheter des plants d’arbres chez des pépiniéristes locaux aux mêmes conditions pédoclimatiques et préférer les scions (arbres de un an) aux plus gros, plus vieux déjà préformatés par la taille. Les premiers pousseront plus vite avec un meilleur enracinement. Après dix ans, le scion sera plus grand, vigoureux, productif et résilient que l’arbre préformé.
  • Prendre soin à la plantation de bien ameublir le sol profondément tout en respectant les couches de sol. Certains sols trop argileux ou au contraire trop sableux devront être amendés avec du terreau afin de leur donner une structure propice au développement des racines.
  • Le dicton “A la Sainte Catherine, tout bois prend racine” n’a plus cours. L’arrivée tardive du froid à l’automne, ayant pour corollaire une chute des feuilles très tardive, retarde les plantations d’arbres à racines nues. Les plantations de ces arbres se font de plus en plus souvent en janvier, voire février, ce qui les rend très sensibles au chaud et au sec la première année. Il est préférable, dans les endroits les plus secs, d’acheter des jeunes arbres en pots; plus chers, mais avec un système racinaire qui se développera plus vite.
  • L’arrosage, si nécessaire, les deux ou trois premières années pour permettre à l’arbre de bien s’installer, sera peu fréquent et abondant afin de faire pénétrer l’eau profondément dans le sol. Les racines suivent l’eau (voir encadré). A noter que la plupart des fruitiers non arrosés sont peu productifs.

Légende : À gauche, ce jeune arbre est irrigué régulièrement par aspersion, le sol en surface reste humide, les racines se développent préférentiellement à la surface. En cas de sécheresse, cet arbre sera dépendant de l’irrigation. En cas de coup de vent, il sera moins bien ancré au sol. À droite, ce jeune arbre est irrigué ponctuellement en grande quantité, il développe une racine pivot qui descend en profondeur et explore profondément les différents horizons du sol, à la recherche d’eau et de minéraux. Il sera davantage autonome en cas de stress hydrique. La technique des oyas (pot en terre cuite enterré pour l’irrigation) place l’arbre dans la situation de gauche. Ils sont donc à proscrire dans les cas des arbres et plantes vivaces. La diffusion gravitaire de l’eau dans le sol dépend de sa texture (proportion de sables, limons et argiles) et de sa structure (la manière dont sont organisées les particules minérales et la matière organique du sol). L’illustration ci-dessus est un exemple qui ne correspond pas à toutes les situations de sol.

 

Certains arbres fruitiers sont plus résistants à la sécheresse. Voici une liste d’espèces pour inspirer vos futures plantations: amandier, caraganier de Sibérie, chêne vert à glands doux (variété ballote), figuier, grenadier, néflier du Japon, pin pignon, poivrier du Sichuan.
Pour bien choisir les variétés, n’hésitez pas à demander conseils aux professionnels autour de vous.

D’autres fruitiers sont à privilégier pour leur robustesse : argousier, cognassier, feijoa, goumi du Japon, jujubier, pêcher de vigne, mûrier noir, noisetier de Byzance, nashi, noyer, prunier, olivier, pacanier (fruit : la noix de pécan), plaqueminier (fruit : le kaki), sorbier domestique… Pour tout savoir savoir sur comment adapter son jardin on vous conseille notre dernier livre.

Ce guide explique en détails l’ensemble des leviers d’actions possibles face aux bouleversements climatiques. Un guide essentiel pour transformer son jardin en un espace résilient face aux bouleversements climatiques, et cultiver une autonomie alimentaire durable. Adapter son jardin nourricier au changement climatique, Terre & Humanisme, éditions Actes Sud, 2025. Disponible en librairie ou sur notre boutique solidaire en ligne.

 

Valo Dantinne. Formateur, expérimentateur et jardinier. Auteur pour l’association Terre & Humanisme du “Manuel des jardins agroécologiques”, éditions Actes Sud, 2012; et “Manuel de la Litière Forestière Fermentée”,éditions Le Rouergue, 2021. Formateur à Terre & Humanisme pour les formations “taille des fruitiers” et “taille des oliviers” entre autres.

 

Arnaud Vens. Formateur, jardinier et naturaliste. Co-auteur pour Terre & Humanisme du livre “Adapter son jardin nourricier au changement climatique”.

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