La micro-méthanisation domestique

3 Août 2024 | 0 commentaires

Dans notre volonté d’aller vers plus d’autonomie énergétique au Mas de Beaulieu, nous expérimentons un micro-méthaniseur domestique dans les jardins depuis plus d’un an. Nous vous partageons notre expérience !

Avant toute chose, il nous paraissait important de rappeler que les personnes manipulant du gaz ne sont pas à l’abri d’une intoxication. En effet, le processus de « digestion » émet du CO2, de l’eau, du méthane et des sulfures d’hydrogène, ces derniers rendant le biogaz corrosif. Le respect de certaines normes de sécurité est donc encouragé pour manipuler du biogaz. C’est aussi pourquoi nous recommandons l’emploi d’un système commercialisé, ou de faire appel à une association référente, telle que Picojoule.

Qu’est-ce que la biométhanisation ?
La biométhanisation consiste à valoriser des matières organiques issues des jardins ou des élevages en les passant dans une cuve hermétique remplie d’eau (digesteur). Ainsi privées d’oxygène (environnement anaérobie) et enfermées avec les bactéries, les déchets fermentent pendant plusieurs semaines. Peu à peu, deux éléments se forment : le digestat (reliquat liquide) et du biogaz (un mélange de méthane et de CO2).

Comment installer son méthaniseur domestique ? Terre & Humanisme a testé un kit proposé par HomeBioGas en mai 2023. Le montage était simple mais le lieu d’installation requiert deux paramètres essentiels :
– Une orientation au sud pour profiter des apports de chaleur solaire (la température optimale de méthanisation est de 38 ° C ! )
– Un positionnement sur une surface de niveau et proche du brûleur.

Une fois installé, nous avons rempli le méthaniseur de 1200 litres d’eau de pluie (on évite l’eau des réseaux trop chlorée, car le chlore est nocif pour les bactéries !). Une fois l’eau réchauffée (1 semaine en mai pour nous), nous avons versé 120 litres de bouse de vache fraîche, le tout mélangé à 200 litres d’eau chaude (produite par nos panneaux solaires thermodynamiques).

La gestion quotidienne
Après l’inoculation de la bouse de vache fraîche, il convient d’alimenter le digesteur chaque jour avec un seau rempli de 5 litres de matières organiques et 10 litres d’eau. Les matières doivent être coupées ou broyées assez finement pour être digérées rapidement. De plus, en période froide on utilise de l’eau chaude qui va accélérer la cinétique de la réaction.

A noter que toutes les matières ne sont pas facilement digérables et elles n’ont pas le même pouvoir méthanogène !

Chez Terre & Humanisme, il nous a fallu attendre un mois pour atteindre le fonctionnement optimal, que la poche de gaz du biométhaniseur soit pleine quotidiennement et que le gaz puisse être brûlé sur un brûleur « spécial méthane » (fourni avec le kit).

La production de gaz
Dès que le biométhaniseur a atteint son rythme de croisière en août, il a produit quotidiennement près de 700 litres de gaz non comprimé pour notre cuisine extérieure, soit 1h30 de cuisson par jour, ce qui permet de répondre aux besoins de cuisson d’un foyer de 4 personnes. Pour obtenir une production continue, il faut nourrir le biodigesteur tous les jours, sans exception. Ni dimanche ni vacances !
A noter qu’en cas de non-utilisation du gaz en production et si la poche est pleine, une soupape libère l’excès de biogaz (méthane + CO2) dans l’atmosphère. Il est impératif de toujours veiller à une utilisation judicieuse du biogaz ! Nous l’avons mis en pause fin octobre et bien qu’en pause, nous avons nourri notre biométhaniseur une fois par semaine en mélangeant les
matières avec de l’eau bien chaude. Il est également possible d’isoler le biométhaniseur du froid avec des bottes de paille ou bien en le plaçant dans une petite serre.

L’utilisation du digestat
Le digestat est un liquide riche en nutriments (azote, phosphore, potassium…) et en bactéries.
C’est donc un biofertilisant à utiliser sur des plantes en pleine croissance, au risque d’engendrer une pollution. Il doit être dilué à 10 % (1 L dans 10 L d’eau) au risque de « brûler les plantes ». L’arrosage se fera en racinaire, et non en foliaire.
Il est également possible de composter le digestat, pour équilibrer un compost ou une matière avec un rapport C/N élevé : 15 L quotidiens de digestat représentent une dizaine d’arrosoirs de 10 L à épandre au potager chaque jour. Un arrosoir permet de fertiliser 3 à 5m2 de planche de culture toutes les 2 semaines.

Autrices : Mathilde Clémont et Èlia Pujades

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