Préparer sa lasagne au jardin de A à Z

16 Déc 2025 | 1 commentaire

En agroécologie, nous faisons le choix fondamental de faire confiance au sol. Cette confiance repose sur le constat que le sol, dans toute sa complexité, est capable de créer par lui-même les conditions favorables à la production de légumes de qualité. Véritable écosystème vivant, il régule l’eau, transforme la matière organique et participe activement à l’équilibre face aux ravageurs et aux maladies, bien mieux que toute intervention extérieure standardisée.

C’est pourquoi notre priorité est avant tout de réactiver la vie du sol, en favorisant le retour des micro-organismes, de la faune du sol et des cycles naturels, afin de transformer progressivement un sol dégradé en un sol fertile, capable de produire des légumes de manière autonome et durable.

Cependant, lorsque le sol est dans un état très dégradé — fortement appauvri par des pratiques d’agriculture chimique, excessivement tassé par le passage répété d’engins, ou lorsque la vie biologique a quasiment disparu de l’horizon de surface — certaines techniques spécifiques peuvent s’avérer nécessaires. Dans ces situations particulières, et uniquement dans ces cas-là, la technique de la culture en lasagne constitue un levier pertinent pour relancer rapidement les processus biologiques et amorcer la reconstruction du sol.

La lasagne est une technique agroécologique simple et efficace pour produire en abondance des légumes, même sur des sols de jardin potager pauvres, abîmés, compactés ou peu fertiles.

La lasagne au jardin : à quoi ça sert ?

La création d’une lasagne au potager consiste à enrichir le sol en surface par l’apport successif de couches de matières organiques, à la fois humides et sèches. En se décomposant progressivement, ces matériaux fonctionnent de manière similaire à un compost et libèrent les éléments nutritifs indispensables au développement des plantes.

La méthode de la lasagne s’inspire d’ailleurs largement du compostage en couches. L’équilibre entre les matières organiques fraîches et vertes, lesquelles sont riches en azote, et les matières organiques sèches et brunes, lesquelles sont riches en carbone, est crucial. Les matières sèches, dites structurantes, permettent aussi une bonne aération, favorisant ainsi une décomposition optimale. Dès que les différentes couches de matière organique sont mises en place, leur décomposition démarre rapidement grâce aux micro-organismes présents dans celles-ci (bactéries, champignons et protozoaires). Par la suite, les macro-organismes (organismes vivants visibles à l’œil nu) prennent le relais des micro-organismes et transforment les résidus en nutriments directement assimilables par les plantes.

Il est important de noter que la technique de la lasagne doit être renouvelée à chaque nouvelle culture. En une saison, la lasagne se décompose complètement, ne laissant que quelques restes en fin de cycle.

À long terme, l’objectif de la lasagne est donc de restaurer la fertilité naturelle du sol d’origine. Au fil des successions de lasagnes, la matière organique apportée finit par régénérer le sol en profondeur. Ainsi, la lasagne nourrit non seulement les légumes en surface, mais régénère aussi le sol. Au bout de quelques saisons, il devient possible de cultiver directement sur le sol régénéré, sans avoir besoin de refaire une lasagne.

Les étapes pour créer une lasagne au jardin

Il existe autant de manières de réaliser une lasagne que de jardiniers, c’est pourquoi les étapes présentées ci-dessous correspondent à la technique issue des jardins pédagogiques du Mas de Beaulieu. Cette méthode a évolué au fil du temps grâce à l’expérience et à l’observation, jusqu’à l’obtention d’une préparation très simple mais extrêmement efficace.

 

 

Voici donc les étapes à suivre pour mettre en place une lasagne au jardin :

  • Identifier la matière organique présente dans le jardin: les matières fraîches et souvent vertes, riches en azote (tontes de gazon, restes de cultures, plantes adventices, épluchures et biodéchets de cuisine, fumier de vache, de poule ou de chèvre, etc.) ; les matières sèches et souvent brunes, riches en carbone (feuilles mortes, broyat de bois ou BRF – Bois Raméal Fragmenté –, herbe sèche ou foin, paille, carton, etc.)

En agroécologie, l’idée première est d’utiliser les ressources disponibles localement, en évitant d’aller acheter des matériaux à l’extérieur. Il est donc possible et intéressant d’avoir recours à différents types de matières fraîches et sèches. Afin de faciliter la décomposition de la matière, il est recommandé de hacher les tiges et les plantes adventices. Pour cela, il est possible d’utiliser un hache-paille, un outil manuel low-tech qui permet de couper et de broyer finement la matière organique.

  • Définir la taille et l’emplacement de la lasagne : pour des raisons pratiques, il est recommandé de ne pas dépasser une largeur correspondant à deux fois la longueur d’un bras, soit environ 1,20 m. Cela permet de travailler au centre de la lasagne sans avoir à y marcher dessus. En ce qui concerne la longueur, il n’y a pas de règle stricte. Quant à la hauteur, cela dépend de vos ressources disponibles. En général, une hauteur de 30 à 40 cm est suffisante afin d’économiser les ressources disponibles, bien qu’elle puisse être plus grande.

La lasagne peut être réalisée directement au sol ou à l’intérieur d’un cadre en bois qui sert à la délimiter tout en apportant un aspect esthétique non négligeable.

  • Préparer le sol existant: décompacter et aérer le sol sur lequel la lasagne va être réalisée permet d’amorcer la régénération du sol d’origine, car un sol compacté aura du mal à absorber efficacement la matière organique. Si le sol n’est pas assez humide, il est nécessaire de l’arroser afin de maintenir le sol vivant. De plus, pour stopper la photosynthèse et éliminer les mauvaises herbes présentes sur le sol d’origine, il est conseillé d’installer des cartons en les chevauchant, puis de les arroser
  • Disposition de la première couche : mise en place d’une première couche de matière organique fraîche, d’environ 5 à 10 cm. Tout type de matière organique peut être utilisé, bien qu’il est recommandé d’utiliser le fumier en premier dans le cas où cette ressource est disponible. En effet, les racines des futures plantations mettront du temps à atteindre cette couche, ce qui laissera au fumier le temps de se décomposer. Si le fumier est sec, il est important de l’arroser
  • Disposition des couches suivantes : ajout d’une couche de matière organique sèche ou carbonée de 5 à 10 cm, suivi d’un arrosage. Répéter l’opération en ajoutant une nouvelle couche de matière organique fraîche ou azotée, en fonction de vos ressources disponibles. Le gazon fraîchement coupé ou les herbes du jardin broyées sont des options idéales. Ajouter ensuite une deuxième couche de matière sèche ou carbonée de votre choix. Il est ensuite possible de continuer l’alternance de couches vertes et carbonées selon la disponibilité de vos ressources, ou de décider de finaliser la lasagne.
  • Finalisation de la lasagne: pour terminer la lasagne, il faut ajouter une dernière couche de terreau mélangé à du compost, puis arroser à nouveau. Enfin, il est important d’appliquer un paillage épais de votre choix pour garder la lasagne au frais.

 

Quoi planter dans une lasagne et quand faut-il le faire ?

L’avantage de la lasagne au jardin, c’est qu’il est possible de commencer à planter dès qu’elle est réalisée !

La plupart des légumes peuvent être plantées dans une lasagne, bien que le semis direct est toutefois déconseillé, car la décomposition des différents matières de la lasagne pourrait perturber et déséquilibrer la croissance des jeunes pousses. Il est donc préférable d’opter pour une plantation avec des plants en godets qui aient un système racinaire déjà bien établi.

Étant donné la grande quantité de matière organique riche en azote apportée par la lasagne, il est préférable de planter des légumes dits « gourmands », c’est-à-dire des légumes qui ont besoin de beaucoup de nutriments, comme les cucurbitacées (courge, courgette, concombre, etc.) et les solanacées (tomate, aubergine, poivron, etc.).

De plus, il est possible de réduire significativement les distances entre les plants. Concernant la disposition, il est conseillé de placer les légumes les plus grands au centre de la lasagne, comme par exemple les plants de tomates, les légumes rampants sur les côtés, comme par exemple les courges, et d’organiser le reste en fonction de leur taille.

De plus, afin de favoriser la biodiversité et la présence d’auxiliaires au jardin, il est possible de planter des fleurs et des plantes aromatiques annuelles intercalées entre les cultures au sein de la butte lasagne.

Par la suite, il est important de gérer correctement l’arrosage, notamment pendant la saison estivale. Dans le sud de la France, il est conseillé d’utiliser une ombrière pour atténuer les rayons du soleil et éviter que les buttes ne se dessèchent pas en période de fortes chaleurs.

 

Bonne culture en lasagne à chacun·e d’entre vous !

Article rédigé par Frédéric Fortin, Animateur-jardinier et adorateur des lasagnes bolognaises

1 Commentaire

  1. Olivier LEBLEU CBNBL

    Bonjour à tous ,

    Je suis Olivier LEBLEU , éducateur nature et j’ai fait la formation au mas de Beaulieu en agro écologie de 4 jours au mois de mars l’année dernière

    Actuellement j’aménage un jardin dans un bac d’environ 70 m2 et d’un mètre de hauteur sur une terrasse dans une ecole . Le sol est limoneux, son taux de matière organique est faible et son Ph est neutre, problème : sa teneur en plomb est légèrement supérieure au seuil des teneurs maximales . Par contre cette terre rapportée il y a qques années est couverte de chient dent avec des rhizomes très envahissants qui recouvrent tout et repousse malgré le carton mis pour l’étouffer. Devant l’impossibilité avec les élèves d’éradiquer cette plante et ses rhizomes , la discision a été prise de recouvrir complètement la surface de ce bac d’un géotextile durant plusieurs mois . Sur ce géotextile, j’ai l’intention de mettre en place des carrés potagers et d’utiliser la technique des lasagnes pour reconstituer un sol sur lequel les enfants vont pouvoir cultiver des légumes dés cette année .
    Pour éviter la repousse du chient dent ( dont le désherbage sera compliqué avec les enfants) je voudrais laisser sous les lasagnes le géotextile. Est ce une bonne idée ? ou faut il absolument un contact avec le sol existant ? (dans ce cas dois je percer le géotextile au risque de voir apparaitre a nouveau le chient dent ?)
    Merci de vos conseils
    Belle journée
    Olivier

    Réponse

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